Les Echos - Vers la voiture publique

07 01/2009


Si le destin de la voiture particulière se brouille, en revanche on voit s'esquisser une autre voiture, à la sémantique un peu bizarre. On parle de « voiture en partage », sans bien savoir si on parle de covoiturage ou de voiture en libre-service. Et si finalement, on parlait de la même chose, c'est-à-dire d'une voiture qui cesse - même momentanément - d'être une voiture privée pour devenir une « voiture publique », comme on dit le « transport public » ?

[...] Une mobilité libre et durable concilie le droit à la mobilité pour tous dans la réduction des séquelles environnementales et définit un nouvel intérêt public auxquels doivent se soumettre les services urbains. Il passe par des économies et des régulations inédites, conditions nécessaires pour échapper au malthusianisme des mobilités. Les économies s'obtiennent dans l'amélioration drastique des taux d'utilisation. Dix voitures sont extraites du marché pour une voiture publique en libre-service et un covoitureur qui accueille un passager améliore sa performance d'au moins 50 % (prix, pollutions et espace sont divisés par deux), ratio qu'aucun carburant ni qu'aucune motorisation n'atteindront jamais. L'économie s'obtiendra aussi des voyages qu'on ne fera pas ou dont on réduira la portée (pour le travail, les courses, les services... via les télétechnologies). Mais la condition nécessaire - et non suffisante - pour le faire est de doter ces voitures d'un statut public, avec ses avantages et ses devoirs et de fournir au voyageur-citoyen les moyens d'assurer cette responsabilisation. L'annonce des 4.000 Autolibs franciliennes pose clairement la question. Pour atteindre les objectifs, il reste à résoudre les épineuses et acrobatiques questions techniques, logistiques, financières et systémiques - c'est-à-dire la place de la voiture dans le complexe des mobilités. Il importe surtout d'impliquer le public lui-même via les intelligences des technologies. Faire une voiture dont la fonction logicielle est en partie déléguée aux clients et imaginer le réseau intelligent qui va avec, sont des conditions nécessaires si on veut envisager une Autolib qu'on loue à un endroit pour la rendre à un autre. Cela passera par la transparence. Une transparence des places de marché, une transparence des coûts et une autre des pollutions multiples, une transparence pour le voyageur et une autre pour la collectivité, une transparence pour le territoire servi et pour ceux qui ne le sont pas. Voiture publique, voiture logicielle et voiture en réseau sont les trois composantes d'une nouvelle définition de l'intérêt général et une piste pour transformer la voiture.

 

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